Un prêtre suspecté de faits présumés d'abus sexuel muté dans un autre collège sans précaution de l'enseignement catholique

Transcription (IA) de l’émission « Un prêtre de Bétharram accusé d'abus sexuel a exercé à Limoges : que savait l'Eglise ? » Radio : Ici matin Limousin 28 février 2025


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Fabienne Joignot journaliste :
Quand l'affaire Notre-Dame de Bétharram retentit à Limoges, comme l'ont révélé nos confrères du populaire du centre, un prêtre de l'institution accusé d'agression sexuelle a été en poste dans un établissement catholique de Limoges. Pour en parler, je reçois le vicaire général du diocèse, le père Pierre Morin.

Père Pierre Morin :
Bonjour.

Journaliste :
Et le directeur interdiocésain de l'enseignement catholique en limousin, Emmanuel Jolivet, bonjour.

Directeur Emmanuel Jolivet :
Bonjour.

Le père Henri Lamas qui a aujourd'hui 94 ans a été placé en garde à vue la semaine dernière pour des faits présumés qui remontent aux années 50 à Bétharram. Mais ce prêtre, c'est ce qu'on a appris, a été aussi en poste chez nous au lycée Ozanam, père Morin. Père Pierre Morin :
Oui, alors ça a été une surprise aussi pour nous et une grande déception. Après, je ne sais pas et j'espère qu'il ne s'est rien passé dans nos établissements. En tout cas, moi j'ai refait un petit peu le parcours du père Lamas dans notre diocèse. Il est arrivé en 1980, accueilli par Mgr Gufflet. A l'époque, Mgr Gufflet n'a sûrement pas été mis au courant de ce qui s'était passé auparavant. Il a été en poste à Saint-Léonard, puis ensuite à animateur pastoral à Ozanam-Jeanne d'Arc-Saint-Jean entre 83 et 88. Puis la congrégation l'a repris et il est revenu en 99 à l'équipe de l'aumônerie du CHU, aumônier du CCFD, prêtre auxiliaire à Saint-Benoît.

Journaliste :
Et donc aucun fait signalé, aucun problème constaté avec ce prêtre ?

Père Pierre Morin :
Aujourd'hui, non, et pas que nous sachions. Dans tous les dossiers que nous avons, nous n'avons aucune trace, aucune plainte concernant ce prêtre.

Journaliste :
Ce qui pourrait, cela dit, arriver aujourd'hui, est-ce que vous vous attendez peut-être à ce que des choses vous soient signalées ? Emmanuel Jolivet, est-ce qu'on met en place quelque chose au niveau de l'enseignement catholique ?

Directeur Emmanuel Jolivet :
Oui, tout à fait. L'accueil de la parole est beaucoup plus général, puisqu'il y a une cellule d'écoute diocésaine, qui ne dépend pas de l'enseignement catholique, depuis les rapports de la CIASE. Donc c'est en place. En revanche, sur la partie actuelle, parce qu'on pourrait comprendre l'inquiétude des parents d'élèves, Je fais partie de ces parents d'élèves. C'est vrai qu'on se dit qu'est-ce qui se passe et qu'est-ce qu'il y a exactement ? Aujourd'hui, on est dans un autre contexte, c'est vrai, avec un travail pour nos établissements autour d'un combat de la maltraitance et d'une école pour la bientraitance. Concernant des prêtres, on n'en a malheureusement plus beaucoup dans nos établissements, des religieux, des religieuses, on n'en a plus beaucoup, mais on est très vigilants aussi vis-à-vis des laïcs qui rentrent chez nous. Effectivement, nos maisons doivent être des maisons sûres. On travaille de concert avec les différents services de l'éducation nationale à laquelle on appartient quand même, et puis avec les forces de sécurité de l'intérieur, et puis aussi également avec la justice. C'est-à-dire que les chefs d'établissement, je ne dis pas que c'est leur quotidien, mais doivent faire des notes d'informations préoccupantes lorsqu'ils observent des maltraitances et faire un signalement procureur lorsqu'il s'agit d'un fait grave.

Journaliste :
Est-ce qu'avec cette histoire qui réémerge, il y a une information quand même particulière qui est faite aux chefs d'établissement, aux familles ? Est-ce qu'à la rentrée, là, il y aura une information particulière ?


Père Pierre Morin :
Il y a un communiqué du diocèse et de l'enseignement catholique.

Directeur Emmanuel Jolivet :
Il vient communiquer qu'il va partir vers les établissements et vers les familles.

Journaliste :
Ce qui paraît étonnant dans cette histoire aussi, père Pierre Morin, c'est l'autonomie dont bénéficiait la congrégation Notre-Dame de Bétharram qui finalement bougeait ses prêtres d'une région à l'autre, d'un établissement à l'autre, en toute autonomie finalement par rapport au diocèse.

Père Pierre Morin :
Oui, c'est un peu la question des religieux. On sait qu'il y a une entente qui est passée quand une congrégation est au service d'un diocèse et que les religieux doivent signer cette convention. Mais l'évêque n'a absolument pas toutes les cartes en main pour savoir qui vient, qui part. Mais il peut exiger, et aujourd'hui il le fait, d'avoir tous les renseignements nécessaires. À travers ça, je dirais aussi qu'il ne faut pas stigmatiser ni la famille des pères de Bétharram. Moi, j'en viens et c'est elle qui m'a construit et qu'il y a eu des prêtres extraordinaires et dont beaucoup se souviennent ici. Et il y a quelques brebis galeuses et ils doivent être jugés en fonction de ce qu'ils ont fait.

Journaliste :
Vous le disiez, vous avez été formé, vous, chez les frères de Bétharram, vous avez connu cette institution dans le Béarn ?

Père Pierre Morin :
Oui, alors parce que j'étais pensionnaire à l'époque, mes parents habitaient Pau, étaient commerçants à Pau, et c'était l'établissement catholique reconnu et réputé. Jacques Chancel est sorti de Bétharram, il y a eu d'autres de Castelbajac, il y a eu d'autres... Il y a eu beaucoup de personnalités, de gens formés, mais c'est vrai qu'à l'époque, il y avait une exigence un petit peu musclée. Après, quand moi j'apprends un peu toutes ces dérives et tout ça, je tombe quand même de haut et cela me blesse profondément.

Journaliste :
Qu'est-ce que vous en connaissiez, vous ? Qu'est-ce que vous avez personnellement vu, vécu, observé ?

Père Pierre Morin :
À l'époque, moi, j'étais à Bétharram, pensionnaire des années 73 à 78, 5 ans. Déjà, j'ai connu une ambiance un peu virile et violente, des punitions collectives, des humiliations, des coups un peu démesurés. Une main sur la joue qui laisse la trace pendant toute la journée. Moi-même, j'ai vécu ça. Ça n'a pas empêché de me construire et d'être ce que je suis aujourd'hui, puisqu'ensuite je suis venu externe à Ozanam, au lycée, et où il y avait eu une ambiance tout à fait différente, avec une bienveillance auprès de chaque élève, un suivi, et si j'ai réussi mes études, c'est grâce à la bienveillance de mes professeurs et des prêtres que j'ai rencontrés à Ozanam.

Journaliste :
Mais à l'époque, cette dureté rencontrée dans le Béarne, on n'aurait pas osé la dénoncer ?

Père Pierre Morin :
Non, c'est vrai qu'il y avait une espèce d'omerta, mes frères qui m'ont précédé dans cet établissement ont vécu la même chose que moi et même l'aîné qui a vécu dans les années 70 a été très fortement marqué avec des réprimandes, des cols, des sévices.

Journaliste :
Des humiliations ?

Père Pierre Morin :
Oui.

Journaliste :
Merci, Père Pierre Morin, vicaire général du diocèse de Limoges, et Emmanuel Jolivet, merci aussi, directeur interdiocésain de l'enseignement catholique en Limousin, d'avoir été les invités d'Ici Limousin ce matin."





Un religieux, alors enfant,  qui se construit dans la violence scolaire qu'il a subi et qu'il restitue avec l'art du récit atténué : "une ambiance un peu virile et violente", "des coups un peu démesurés". Tout ceci dans un collège forgeant les carrières de personnalités publiques... Autrement dit, tout n'était pas à jeter... On pouvait y survivre et même épouser la religion... Une construction faite dans l'abstraction dans une grande abstinence, celle de la lucidité. De quoi est-donc fait cet homme d'église ?


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