La presse complice du silence de l'affaire des violences au collège St Pierre du Relecq-Kerhuon

Quand une organisation est en dérive manifeste et surtout si cette dérive tombe sous le coup de la loi, il n'est pas illégitime d'espérer que les médias s'immiscent dans les rouages répréhensibles. Dans les années 1950, 60, 70, la population consomme des programmes radiophoniques nationaux, des programmes télévisuels en cours de développement et surtout de la presse papier pour s'informer. Le quotidien local est une référence, une source reconnue qui, alors, est globalement respectée. La rédaction du journal dépêche un correspondant, un pigiste, pour glaner dans la commune les informations locales susceptibles d'intéresser les lecteurs très souvent abonnés et friands de l'actualité de proximité. Le correspondant au statut fragile et dont les revenus sont des rémunérations d'appoint, retranscrit la banalité avec talent. Une réunion sportive, une kermesse, les menus des repas de la cantine... Un fait divers de temps en temps... Le climat d'une élection municipale avec des mots choisis pour éviter d'être suspecté de parti pris... 

A cette époque, quand la presse mentionne le collège St Pierre du Relecq-Kerhuon, elle lisse le reportage dans le sens du consensus général. Un départ de directeur – au demeurant contestable dans les faits – est traduit par les remontées de personnes favorables à cette façon d'éduquer. Le correspondant reflète le contentement mais pas le contenu de cette satisfaction. Pas une question au moindre élève qui nécessairement a été maltraité ou a été témoin de maltraitances physiques et psychologiques. Rien qu'une promotion du système pourtant dévoyé.

Quelques extraits pathétiques de l'article de presse du Télégramme du 24 mai 1977. Il est à noter que ce quotidien a toujours valorisé l'image du collège où la violences était elle-aussi quotidienne. L'article relate le départ du directeur répréhensible.

Vision presse :
"Durant des dix premières années de son mandat et n'étant lié par aucun contrat avec l'Etat, le nouveau directeur va disposer d'une très grande liberté dans l'élaboration de son programme pédagogique." 
Réalité :
Les inspecteurs académiques font des rapports sévères quant aux impréparations ainsi qu'aux incompétences des enseignants. 

Vision presse :
"A l'école c'est la période des vaches maigres en raison du manque d'argent et de collaborateurs : le directeur doit dispenser son travail dans plusieurs disciplines et à différents niveaux." 
Réalité :
Les inspecteurs académiques jugent le directeur incompétent et ne méritant pas d'enseigner. Une demande d'exclusion de la commune est demandée pour faits de violences.

Vision presse :
"En 1970, l'abbé L. doit à son grand regret abandonner une partie de ses charges pour se cantonner dans un rôle davantage administratif. Néanmoins il reste très près du corps enseignant pour continuer à le former, le conseiller et par là même à servir davantage les enfants." 
Réalité :
Ecarté de ses fonctions pour violences et incompétence, le directeur est nommé par l'Eglise "Supérieur" du collège. Titre ecclésiastique échappant aux lois républicaines. Les consignes de sévérité et de coups portés sont le seul conseil promulgué par le père L. non au bénéfice des enfants mais à leur détriment. 

Vision presse :
"Pour l'abbé L. et ses collègues, un professeur consciencieux et juste, trouve l'affection de ses élèves ce qui permet d'obtenir plus facilement de meilleurs résultats. Grâce à une présentation vivante et imagée du programme et avec une participation effective l'école obtient des résultats concrets." 
Réalité :
L'amour des enfants battus ? Enseignement magistral sous la menace de représailles physiques graves et répétées qui n'étaient en rien imagées mais cruelles.

Vision presse :
"A la veille du départ de son directeur les associations de parents d'élèves et le corps enseignant désirent que le même esprit continue de régner dans l'établissement…" 

"Quant à M. L. c'est sur sa demande qu'il a été déchargé de ses fonctions…[ ] Une vie de directeur d'école est passionnante mais exténuante, aussi tout le monde comprendra aisément son souhait de prendre un peu de repos mais pour Yvon L. c'est également un désir de s'associer aux autres prêtres pour accomplir en paroisse une tâche plus sacerdotale. "Le Télégramme" souhaite à l'abbé L. un fécond apostolat dans sa nouvelle paroisse"
Réalité : 
Mutation obligée pour cause de suspicion de fraudes et comportements violents trop "visibles" désormais. Les vœux de la presse scellent une désinformation coupable car quels parents n'auraient pas été tentés de placer leur enfant dans un collège aussi serviable et efficace. 

La circonstance atténuante est que l'usage de la sévérité jusqu'au geste brutal est un sujet polémique et que la rédaction du journal en quête d'un nombre croissants de lecteurs ne va pas défendre l'enseignement pour mauviettes souvent reproché dans l'école laïque qui donne de moins en moins de coups de règle sur les doigts des élèves paresseux. Tirer les cheveux juste au dessus d'une oreille pour faire couiner le cancre est laïc. Les gifles catholiques représentent les réminiscences d'une tradition séculaire de soumission pour qui fréquente les représentants de Dieu. 

Le climat clérical rude, traditionaliste et le courant anticlérical laxiste, progressiste sont à couteaux tirés. La presse louvoie et n'enquête pas sur les pratiques tant qu'une victime ne dénonce pas les abominations. Pas de témoignages, pas d'informations. L'absence d'articles sur les tourments du collège nourrit le silence et ne permet pas la remise en cause des pratiques, qui, clairement détaillées par un tiers non partisan, auraient heurté... Le collège était réputé pour son autoritarisme extrême : aucun journaliste n'a cherché à décrire la réalité précisément, le flou suffisait.

En février 2025, une ancienne victime dévoile dans cette même presse locale la nature des supplices subis dans le collège St Pierre. Le quotidien s'empare du scoop et en fait un article à sensation qui a l'énorme avantage d'attirer la curiosité des lecteurs tout en n'engageant pas la responsabilité de la rédaction quant aux réactions possibles. La sortie de l'affaire est d'autant plus confortable que les violences sont dénoncées depuis quelques années déjà et qu'elles fédèrent des opinions de désaveu sans équivoque qui n'auraient pas été envisageables à l'époque des faits. 

Le silence de la presse sur les violences et cette propension à encenser ce qui est condamnable a entretenu une réputation positive de l'établissement particulièrement attrayante pour des parents en recherche d'une solution éducative. Quand la presse ne fait pas son travail, elle contribue au délitement de la société qu'elle est sensée éclairer. 


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