Déclarations imprudentes des autorités religieuses

Le directeur diocésain de l'enseignement catholique du Finistère fut dans l'obligation médiatique de commenter la vague de révélations des élèves victimes des violences perpétrées par les enseignants du collège Saint Pierre du Relecq-Kerhuon dans les années 1960-1998.

Sur la Radio ICI Breizh Izel, le 31 mars 2025 7:48, interrogé par un journaliste, le directeur déclare : 
"Nous avons été surpris et choqué, nous n'étions pas au courant de ce type d'agissements, aussi violents, aussi nombreux. C'est juste inimaginable pour moi et pour Monseigneur Dognin [évêque de Quimper-Léon NDLR]."
"... Le collège avait pour réputation d'être assez dur mais de là, à lire tous ces témoignages..." 
"On a aucune trace dans nos archives de signalement, tant au niveau de l’évêché, qu'au niveau de l'enseignement catholique du Finistère". 
"On reconnaît tout ce qui a pu se passer, c'est clair avec tous les témoignages qu'on a pu lire. On cherche maintenant à savoir comment ça a pu se passer, et pourquoi ça a duré autant de temps. On veut ouvrir cette page-là avec l'évêque et avec le collectif de victimes. [...] On a donc décidé de donner accès et d'ouvrir les archives de l'évêché, de la direction diocésaine et du collège, aux victimes. Et moi, j'ai aussi le besoin de voir ce qu'il y a dedans. [...] J'ai aussi proposé de prendre contact avec les enseignants qui sont encore vivants pour comprendre ce qui se passait à l'époque".

Les archives du collège lui-même n'existent pas ou peu car l'entité éducative a changé de nom en 1988. En 2000, bien des archives diocésaines ont été détruites comme le droit canonique le permet et le droit à l'oubli le préconise.

Malgré tout, des membres du collectif des victimes du collège ont l'autorisation d'accéder aux archives du nouveau collège le 15 mai 2025 ; ainsi que les archives du diocèse le 20 mai 2025. Source ICI Breizh Izel, 21 mai 2025. D'autres recherches suivront.

Le 25 septembre 2025, le quotidien Le Télégramme révèle que le collectif a trouvé des courriers administratifs tapuscrits archivés prouvant non seulement que les violences étaient connues du diocèse, de la direction départementale de l'enseignement catholique, et plus encore du rectorat de Rennes jusqu'au ministère de l'éducation nationale. De surcroît, on y découvre la sanction disciplinaire d'interdiction d'exercer dans la commune du directeur de l'établissement Yves/Yvon/Iffic L. Les documents retrouvés parlent aussi d'une comptabilité douteuse. Le mot manuscrit escroquerie apparaît souligné sur l'un des documents.

Sollicité pour prendre en compte la réaction du directeur diocésain de l'enseignement catholique du Finistère, les journalistes ont obtenu la réitération des engagements de l'enseignement catholique et du diocèse "pour obtenir toute la vérité sur les affaires du passé [...] et obtenir des réponses claires de la part de la Justice". Le média numérique Splann, publication du 27 septembre 2025, a sollicité une réaction aux questions qui se posent à propos de la carrière sans embûche du père Yves L. terminant recteur sans poursuites aucune. La réponse éditée des autorités religieuses est : "elles relèvent de l'enquête judiciaire en cours. Mais, assurent-ils, les interrogations que vous soulevez sont aussi les nôtres, et nous souhaitons obtenir des réponses claires grâce au travail de la Justice."

Le procureur de la République de Brest ne peut, alors, que statuer, après enquête, sur la prescription des faits répréhensibles révélés. Autrement dit, la prescription étant fortement probable en tous points, il n'y a pas d'explication judiciaire et moins encore de procès à entrevoir.

Les autorités religieuses ont donc perverti la vérité en affirmant qu'il n'y avait aucun document prouvant les dérives du collège… Le directeur de l'enseignement catholique ne semble plus vouloir voir par lui-même l'ampleur du désastre et préfère conjointement avec l'évêque, laisser la Justice faire œuvre d'éclaircissement sachant que la Justice est bridée par la prescription, une manière d'enterrer cette vérité si peu reluisante qu'il est inutile qu'elle prenne la lumière médiatique. Côté Eglise, la quête est l'immobilisme, le dos rond, la patience oublieuse.

Le directeur diocésain de l'enseignement catholique du Finistère n'en est pas à sa première dérobade. Dans les premiers temps des révélations, ce dernier minimisait maladroitement. Publication Ouest-France du 06 Mars 2025. "Ce collège était connu pour être plus un établissement de redressement, assez dur, qu’un établissement éducatif. Ça ne justifie en rien les violences. Mais à cette époque, des familles y mettaient leur enfant car elles étaient démunies". Premier point : dans d'autres déclaration, ce responsable était au courant de rien ; présentement l'établissement lui était connu pour son "redressement assez dur". Autant dire que le dit établissement sortait du cadre éducatif ordinaire et qu'il fallut s'en inquiéter. Deuxième point : les élèves n'étaient en rien des délinquants mais de simples pré-ados mal assortis avec les méthodes d'enseignement en cours avec de surcroît une démobilisation plus ou moins forte. Quant à l'aide aux parents démunis... Le directeur du collège L. y pourvut davantage en surfacturant des prestations en toute illégalité selon le contrat de l'enseignement catholique avec l'Etat. Les parents ont cherché la facilité de service, le dédouanement contre dépenses financières ou bourses. Le ton du directeur diocésain laisse à penser qu'en définitive l'Eglise s'est dévouée à rendre service aux parents en peine par charité chrétienne en redressant des enfants privés d'attentions et de respect. Le cynisme est une empreinte récurrente de ceux qui cherchent à minimiser leurs torts. 


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